Etude Fopas

Pourquoi une étude sur les personnes âgées fragiles ?

« La fragilité est un syndrome clinique. Il reflète une diminution des capacités physiologiques de réserve qui altère les mécanismes d’adaptation au stress. Son expression clinique est modulée par les comorbidités et des facteurs psychologiques, sociaux, économiques et comportementaux. Le syndrome de fragilité est un marqueur de risque de mortalité et d’événements péjoratifs, notamment d’incapacités, de chutes, d’hospitalisation et d’entrée en institution. L’âge est un déterminant majeur de fragilité mais n’explique pas à lui seul ce syndrome. La prise en charge des déterminants de la fragilité peut réduire ou retarder ses conséquences. Ainsi, la fragilité s’inscrirait dans un processus potentiellement réversible. »
(Pr. Yves ROLLAND – Société Française de Gériatrie et de Gérontologie – 2011)

Les personnes âgées « fragiles » étant beaucoup plus souvent hospitalisées que les autres, nous nous intéresserons plus particulièrement aux hospitalisations non programmées* dans cette population.
*Hospitalisations non programmées = hospitalisations après passage aux urgences

Presque une personne âgée de 75 ans et plus sur deux a recours aux services d’urgences dans l’année, et presque une sur deux est ensuite hospitalisée. Les études rétrospectives menées dans les services hospitaliers montrent que 1 fois sur 5, l’hospitalisation n’est pas pertinente (critères AEP). L’hospitalisation des personnes âgées a de plus des répercussions négatives largement documentées, et qui sont indépendantes des pathologies. Il s’agit donc d’un indicateur pertinent.

Nous avons donc mené une étude afin de répondre à deux objectifs

– estimer l’incidence des hospitalisations non programmées dans une population de personnes âgées polymédiquées âgées de 75 ans ou plus vivant à domicile,
– identifier les facteurs cliniques, psychosociaux et organisationnels associés aux hospitalisations non programmées.

Premiers résultats de l’étude

L’étude a été l’objet d’une mobilisation sans précédent de la discipline (sauf pour l’étude CACAO bien sûr !), avec un réseau de 213 MG investigateurs répartis sur toute la France. Ceux-ci ont inclus et suivi 2052 patients dont 60.8 % étaient des femmes avec un âge moyen de 83.4 ans (+/- 5.1). Ils avaient un nombre moyen de pathologies chroniques de 3.4 (+/- 1.3) et un nombre moyen de médicaments de 7.7 (+/- 2.2). Ces patients polypathologiques étaient atteints de pathologies cardiovasculaires (94.6 %), musculosquelettiques (57.5 %), endocriniennes (42.0 %), neuropsychologiques (31.1 %), uro-néphrologiques (26.9 %), digestives (28.8 %), respiratoires (18.8 %) et cancéreuses (17.3 %) [Tableau 1]. La fragilité, évaluée avec un outil de recueil simple à utiliser en consultation par le MG, montrait une population composée de 51.5 % de personnes peu fragiles, 32.0 % de personnes fragiles et 16.5 % de personnes très fragiles.

Tableau 1 : Prévalence des pathologies dans notre échantillon

Le suivi à 6 mois de cette population est encore en cours et nous avons d’ores et déjà les données complètes pour 1708 patients (soit 83.2 % des données de suivi !). Il faut donc maintenant transformer l’essai pour atteindre un niveau quasi parfait de complétude afin d’accroître la qualité de nos données et donc leur impact scientifique !

Les résultats provisoires montrent un taux d’incidence des hospitalisations non programmées de 26.9 nouveaux cas pour 100 personnes-années.

Les motifs médicaux principaux étaient une chute avec fracture (24.8 %), une décompensation de cardiopathie (18.7 %), une infection aiguë (8.7 %), une décompensation respiratoire (13.5 %), un AVC (5.7 %), un trouble du comportement (9.1 %), un trouble digestif (5.7 %) ou un saignement sous anticoagulant (4 %).

Un ou plusieurs motifs psychosociaux étaient retrouvés dans 42,6 % des cas : principalement un âge élevé du patient (27,0 %), un manque d’autonomie (19,6 %), une anxiété du patient (9,6 %), une anxiété de l’entourage (9,6 %) ou un isolement social (7,4 %).

Un ou plusieurs motifs organisationnels étaient retrouvés dans 29.1 % des cas : principalement l’horaire en soirée ou le week-end (17.0 %), une indisponibilité du médecin (6.5 %), une hospitalisation récente (5.2 %).

La fragilité des patients identifiée par le MG en consultation semble être fortement associée aux hospitalisations non programmées.

Les résultats provisoires montrent également des taux d’incidence des passages aux urgences (sans hospitalisation) de 18.5 nouveaux cas pour 100 personnes-années, d’institutionnalisations de 4.9 nouveaux cas pour 100 personnes-années et de décès de 4.8 nouveaux cas pour 100 personnes-années.

Ces résultats seront d’une portée majeure pour la médecine générale, pour nos patients et pour tout le système de soins, car ces hospitalisations non programmées ont des conséquences considérables sur l’état de santé de nos patients et le coût des soins pour notre système de santé. Une analyse fine de ces évènements permettra d’identifier des pistes d’amélioration afin de mettre en place des actions ciblées permettant de réduire le nombre des hospitalisations non programmées évitables.

Ils ont d’ores et déjà fait l’objet de communications scientifiques lors des congrès du CNGE en 2017 à Montpellier et 2018 à Tours, ainsi que lors du congrès européen de l’EGPRN en 2018. Vous pouvez y accéder en cliquant sur les images ci-dessous.

Organisation de l’étude

Comité de pilotage
Responsables scientifiques Joël COGNEAU
Julien LE BRETON
Responsables projets Nathan ABENHAIM
Marc BAYEN
Jean-Pierre JACQUET
François LACOIN
Responsable opérationnel Claude GUICHARD
Responsable communication Thibault PUSZKAREK

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Fragilité et hOspitalisations non programmées des Personnes AgéeS